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lundi 17 mai 2010

"Remets ton épée au fourreau"

Le samedi 8 mai dernier, a eu lieu la journée oecuménique de l'Aude-Pyrénées-Orientales à Narbonne. Cette journée avait pour thème: "Réagir à la violence ... à la lumière de l'évangile.

Deux conférenciers étaient invités: le dominicain Jean-Michel Maldamé et le pasteur de l'Eglise Vaudoise Paolo Ricca qui venait de Rome.


Le lendemain de cette journée, Paolo Ricca prêchait au Temple Maguelone de Montpellier. Je livre ici sa prédication avant de publier les textes des conférences du samedi, qui sont déjà placées sur le site de la paroisse ERF de Narbonne .

Voici donc le texte de la prédication du pasteur Paolo Ricca.


« Remets ton épée au fourreau » (Mt 26,52)

Chers frères et sœurs,

. Pendant des siècles, voire des millénaires, dégainer son épée a été le geste héroïque par excellence, mais Jésus, aujourd'hui, veut nous enseigner un nouvel héroïsme : celui de remettre l'épée au fourreau. Dites-moi : Quel est selon vous le geste le plus héroïque : celui de dégainer l'épée ou bien de la remettre au fourreau ?

. Pendant des siècles, voire des millénaires, dégainer son épée a été le geste courageux par excellence, mais Jésus, aujourd'hui, veut nous enseigner un nouveau courage : celui de remettre l'épée au fourreau. Dites-moi, chers amis : qui, selon vous, est plus courageux : celui qui tire l'épée du fourreau, ou celui qui la remet au fourreau ? Faut-il plus de courage pour tirer l'épée ou pour la retirer et la mettre à sa place ?

. Pendant des siècles, voire des millénaires, dégainer son épée a été considéré un geste rassurant, mais Jésus, aujourd'hui, nous dit que ce geste-là, selon lui, est un geste inquiétant, qui va semer la mort, non seulement d'autrui, mais notre propre mort. Et selon vous, chers amis, ce geste-là est-il rassurant ou inquiétant ? Quel est, selon vous, le geste plus rassurant : celui de dégainer l'épée ou celui de la remettre au fourreau ?

« Remets ton épée à sa place ». L' Evangile d'aujourd'hui est tout concentré dans cet ordre et dans le geste engendré par cet ordre. L'ordre est le dernier donné par Jésus à ses disciples avant sa mort, l'ordre donné au moment du danger extrême : les soldats sont là pour le saisir et l'emporter, pour le tuer ; sa liberté et sa vie sont en péril, c'est le moment de dégainer l'épée, mais Jésus dit : Non ! En ce moment de danger extrême, l'ordre n'est pas de dégainer l'épée, mais au contraire de la remettre au fourreau. L'ordre, c'est l'Evangile annoncé, le geste est l'Evangile pratiqué. Arrêtons-nous un instant sur ce geste, qui est l'Evangile pratiqué d'aujourd'hui. Que dire de ce geste ?

- Je dirai en premier lieu que c'est un geste possible : comme tu as pu dégainer ton épée, tu peux la remettre au fourreau ; rien ne l'empêche, sauf peut-être ta peur ; tu peux renoncer à l'épée, tu peux vivre sans épée. le peuple d'Israël a vécu pendant plus de vingt siècles sans armée, sans épée, et pourtant, malgré tous les pogroms, les persécutions, les discriminations et même la shoa, il a survécu sans épée. On peut vivre sans épée. On peut s'en passer, dès aujourd'hui. - « Remets ton épée au fourreau » : un geste possible.

- En deuxième lieu, remettre l'épée au fourreau est un geste messianique, qui réalise les temps nouveaux annoncés entre autre par Zacharie où Dieu dit : « Je détruirai les chars d'Ephraïm et les chevaux de Jérusalem ; et les arc de guerre seront anéantis. Il annoncera la paix aux nations » (9,10). C'est une nouvelle histoire qui commence par ce geste, car les temps messianiques commencent quand le Messie viendra, mais le Messie est venu, il s'appelle Jésus de Nazareth. Mais nous vivons comme si le Messie, et donc les temps messianiques, n'étaient pas venus, nous vivons comme si nous étions des juifs qui attendent encore le Messie et donc les temps messianiques. Mais nous croyons, nous les chrétiens, que le Messie et les temps messianiques sont là, et s'ils sont là, alors le temps de briser les arcs de guerre est là, oui, il est temps, il est grand temps, de remettre l'épée au fourreau. Sois donc cohérent avec le temps inauguré par le Messie Jésus : accomplis le geste messianique : « Remets l'épée au fourreau ».

- En troisième lieu, ce geste est un geste prophétique, c'est-à-dire un geste qui anticipe l'avenir, et qui me fait penser à une œuvre écrite en 1619, à la veille de la Guerre de Trente Ans qui a presque réduit l'Allemagne à un désert, donc en ce temps-là un pasteur luthérien qui s'appelait Jean Valentin Andréa (1586-1654) a écrit un livre intitulé Description de la ville de Christianopolis où il imagine que les armes de son temps seraient désormais complètement inutilisées et donc placées dans un musée, comme si elles faisaient partie de l'archéologie de l'histoire humaine - « Remets ton épée dans le fourreau ». C'est comme si Jésus disait : « Mets ton épée dans le musée de l'histoire, c'est là sa place : dans le passé sans avenir- « Mets ton épée dans le musée » : geste prophétique.

- Enfin, ce geste ordonné par Jésus est un geste royal. Car le roi terrestre - quel qu'il soit - nous ordonnera peut-être de dégainer l'épée ; mais le roi céleste, le Roi des rois, lui, nous ordonne de la remettre au fourreau. Le vrai geste royal n'est pas de dégainer l'épée mais de la remettre au fourreau, c'est celui-là le vrai héroïsme, c'est celui-là le vrai courage évangélique. Remettre l'épée au fourreau, c'est partager la royauté de Jésus : sois toi avec Jésus, le Roi des rois, le roi désarmé : « Remets ton épée au fourreau ».

Car, dit encore Jésus, « ceux qui prendront l'épée périront par l'épée ». Il ne dit pas ce que, nous, nous attendrions , c'est-à-dire que ceux qui prendront l'épée feront périr les autres, leurs ennemis. Non, il dit que ce sont eux ceux qui périront. Paradoxe des paradoxes : tu prends l'épée pour défendre ta vie, pour ne pas périr, et voilà que c'est vraiment toi qui va périr. Mais par quelle épée périras-tu donc ? Jésus semble vouloir nous dire que l'épée par laquelle tu périras c'est la tienne ! C'est ton épée à toi qui te tue ! Qu'est-ce que Jésus veut dire par là ? Il veut nous dire une chose très simple et très profonde : c'est que tuer veut dire au fond, se tuer ; tuer l'homme qui est devant toi veut dire tuer l'homme qui est en toi ; tuer l'autre c'est tuer toi-même ; détruire l'humanité d'autrui, c'est détruire la tienne d'humanité. Dès que tu tires l'épée du fourreau, c'est ton humanité à toi qui est en danger, avant celle des autres. C'est donc comme si Jésus disait : « Ceux qui prendront l'épée périront par leur épée à eux ».

Mais une dernière question reste à poser : qui dégaine l'épée ? Celui qui la possède. Et qui possède l'épée ? Celui qui peut se la permettre, car l'épée coûte, elle coûte même cher. Ce ne sont pas les pauvres qui ont l'épée : ceux qui n'ont pas le pain n'ont pas non plus l'épée. Ce ne sont pas les victimes qui possèdent l'épée. En général, très en général, on peut dire que c'est le pouvoir qui possède l'épée. Or il y a plusieurs pouvoirs : pouvoir politique, pouvoir militaire, pouvoir financier, pouvoir religieux ; il y a un pouvoir dans nos familles, dans nos communautés, dans nos paroisses ; pouvoirs visibles, pouvoirs invisibles ; pouvoirs légitimes, pouvoirs abusifs, toutes sortes de pouvoirs. Là où il y a pouvoir, il y a épée. Et Jésus nous dit : Apprends à exercer ton pouvoir sans l'épée. Car comme il y a plusieurs pouvoirs, il y a plusieurs épées. Chacun a la sienne, car chacun de nous a sa petite portion de pouvoir. Toi aussi, qui semble n'en avoir aucune, toi aussi tu as une épée : remets-là au fourreau, dit Jésus.

Car l'Evangile d'aujourd'hui est tout simplement celui-ci : Dieu aimerait te désarmer et ne laisser dans tes mains que « l'épée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu » (Ep. 6,17). Amen.

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