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dimanche 10 octobre 2010

Le pain, le vin et le sacré


Texte de l'exposé que j'ai fait le samedi 9 octobre 2010 dans le cadre de l'Université d'été de l'Aude et pour les Compagnons de Paratge.



Companhs de paratge
Lo pan e lo vin, lo sacrat e l’eretic, dissabte 09 d’octobre 2010

Le pain et le sacré en pays protestant
Entre démythologisation et fondamentalisme
Chers amis,
« Companhs » de paratge, « Compagnons » de paratge, étymologiquement parlant, nous partageons le pain.Nous l’avons partagé ; entrons donc maintenant en pays protestant et restons quelques minutes avec les hérétiques pour parler du pain et du sacré.
Le titre de mon exposé a pu vous paraître difficile ou quelque peu ésotérique. En fait, il laisse entrevoir tout de suite que si je parle de pays protestant, c’est parce que cette expression recouvre la réalité d’une diversité qui existe depuis les débuts de la Réforme au XVIe siècle. En effet nous verrons, que les conceptions que, nous, protestants avons du sacrement de la Cène et de la place du pain et du vin, sont multiples et variées. A l’origine, la volonté des réformateurs de vouloir simplifier, revenir à une pratique plus proche du message évangélique a, dès les premiers temps de la réforme ouvert un débat, des questionnements et des prises de positions sinon opposées du moins assez différentes pouvant aller de la simple démythologisation de l’acte sacré, à des postures très radicales engendrant des disputes célèbres.
C’est le génie du protestantisme que de se mouvoir dans la richesse des idées d’un monde pluriel, d’une église qui porte en elle une réforme permanente. Nous affirmons d’ailleurs que l’Eglise doit sans cesse se réformer, nous parlons d’ecclesia « semper reformanda ».
Que voulaient vraiment les réformateurs ?
Ils voulaient d’abord se débarrasser des habitudes d’une Eglise arcboutée sur une Tradition pesante, rigide, tournée sur elle-même, qui ne prenait plus en compte la dimension humaine pour vivre et régenter le monde avec des principes d’un pouvoir sans partage hérité de l’Antiquité. Tout comme les Pauvres de Lyon, les cathares, mais aussi les franciscains, les réformateurs ont voulu retrouver la simplicité du message évangélique.
C’est ainsi que parmi toutes les réformes entreprises, ils se sont plus ou moins démarqués de la doctrine catholique en ce qui concerne le sacrement eucharistique.
Dans une première partie je vais vous présenter les conceptions opposées de l’Eglise et des réformateurs en les examinant successivement.
Ensuite, je vous parlerai des différentes tendances et pratiques des églises dites « historiques »: la Cène et les églises de la Réforme, pour terminer mon exposé dans un troisième partie en vous faisant un rapide état des lieux des conceptions et pratiques modernes.
Tout au long de mon propos, vous pourrez constater la variabilité de la notion de sacré et percevoir les mouvements tour à tour démythologisants ou fondamentalistes des principales sensibilités protestantes au sujet de la Cène.
I – Conceptions opposées de l’Eglise catholique et des Réformateurs.
I.1- La Cène aux origines du christianisme
Elle était d’abord l’héritage du repas pascal célébrant le passage de la mer rouge, le peuple juif retrouvant la Terre Promise sous la conduite de Moïse.
Repas célébré chaque année, rituel autour du pain azyme, de l’agneau pascal et du récit du retour. Cette fête et ce repas sont toujours célébrés de nos jours dans le Judaïsme.
Il était aussi dans la ligne de ce qui était pratiqué dans les milieux païens, dans la mesure ou de nombreuses religions avaient l’habitude de célébrer des agapes pour fêter certains événements ou anniversaires.
Enfin, c’était aussi un repas qui a constitué la « communauté de table de Jésus et ses disciples ».
Etait-ce un repas ritualisé, y avait-il un aspect liturgique?
Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait des bénédictions, la rupture du pain et les mots du Christ : « Ceci est mon corps…faites ceci en mémoire de moi »
I.2 – La transsubstantiation
C’est à partir du dernier repas pascal de Christ, la dernière Cène que s’est bâtie toute la théologie du « mystère eucharistique » pour parler comme les catholiques. A partir de la lecture littérale de récit de la Cène, l’Eglise petit à petit, a construit la théologie de la transsubstantiation, c'est-à-dire la transformation du pain et du vin en corps et sang de Christ lors la consécration par le prêtre.
Je cite :
« Dans le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie sont contenus vraiment, réellement et substantiellement le Corps et le sang conjointement avec l’âme et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, et par conséquent le Christ tout entier » CEC 1374, cf Concile de Trente DS* 1651.
Les réformateurs ont vu dans la consécration du pain et sa transformation un acte quasi-magique, qui, à leur sens, ne correspondait pas à la vérité des Ecritures, ni à la volonté de Christ.
Il est curieux de noter que si L’Eglise a cru bon de préciser ces dogmes dans le concile de Trente, concile de la Contre-Réforme, c’est en réaction au mouvement réformiste du XVIe siècle. L’idée de la transsubstantiation, qui était admise par le monde chrétien en général, ne faisait pas l’unanimité parmi les théologiens, les textes de la Tradition n’étaient pas particulièrement précis en la matière. En ce sens, on peut dire que la Réforme est à l’origine de la position fixée par l’Eglise catholique.
Au passage, je remarque qu’ici le pain est sacré selon les quatre significations définies par le Larousse : sacré parce que divin, sacré parce que redevable d’un respect absolu, sacré par sa haute valeur, sacré parce qu’il transcende l’humain.
I.3 – La Cène, une mémoire
Calvin disait disait quelque part: « Mes frères mangeons le pain du Seigneur en mémoire de sa mort et de sa Passion ».
Pour faire bref, dans un premier temps, je dirai que les réformateurs pour leur part vont comprendre la Cène comme une mémoire et une communion entre les participants à la Cène de Christ.
Celui-ci est présent spirituellement, grâce à la fois, à l’unité de ceux qui participent à la Cène mais aussi, grâce à leur foi qui les fait entrer dans le mystère du salut.
Le pain n’est pas transformé, il n’est que du pain, Christ est présent spirituellement.
La Cène n’est pas un moyen pour transmettre la grâce mais une commémoration qui invite à nous tourner vers le passé – le souvenir de la mort du Christ, et vers l’avenir par l’attente de son retour.
D’un côté il y a désacralisation du pain dans son aspect divin et la transcendance, et de l’autre démythologisation de l’acte eucharistique. Je note néanmoins que si le pain reste sacré, c’est uniquement par sa valeur de substance nutritive ; ce qui se mange se respecte, car c’est nécessaire à la conservation de la vie physique, ce que nous pourrions appeler en occitan la « vida-videnta », la vie de tous les jours.
Si je pouvais m’arrêter là dans mon explication de la position protestante, ce serait trop beau, trop facile. En fait, c’est beaucoup plus compliqué. C’est pour quoi je vais détailler dans ma deuxième partie les différentes « écoles » que l’on peut observer dans les églises historiques de la Réforme, c'est-à-dire le courant issu du luthérianisme et celui issu du calvinisme ou des réformés, pour faire court.
II – La Cène et les églises de la Réforme
II.1 – Luther et consubstantiation
« Qu’as-tu à préparer ton ventre et tes dents ? Crois seulement et tu as déjà savouré le sacrement ». St Augustin cité par Luther in « Sermon sur le Très Saint Sacrement du Corps du Christ et sur les confréries », De la Cène III.
Luther va modifier en partie, en partie seulement, le discours théologique qui domine.
« Nous sommes tous un seul pain et un seul corps, nous qui avons part au même pain et à la même coupe ». Paul 1 Corinthiens 10
Il conteste et, dans son traité « Prélude sur la captivité de Babylone », voit trois captivités de l’Eglise :
1- L’Eglise réserve aux prêtres le calice et le refuse aux laïcs ;
2- Luther considère la théorie de la transsubtantiation comme le produit de la pensée aristotélicienne et thomiste, opérant des catégories de substance et d’accident. Pour lui, contester la transsubstantiation, ce n’est pas contester la présence réelle, mais c’est critiquer une certaine conception philosophique qui prétendait en rendre compte ;
3 – Luther condamne et critique la messe « devenue un trafic, un brocantage et des arrangements lucratifs. »
Il se réfère à Pierre d’Ailly pour estimer que le pain et le vin demeurent inchangés. Il parle, lui, de « consubstantiation » et ne touche pas à la célébration ni dans sa forme ni dans son mode. Cette théorie n’a pas été inventée par Luther, on la trouve chez certains théologiens catholiques du XIVe Siècle. Quand Luther la formula, elle n’était pas condamnée par l’Eglise catholique, elle ne le fut qu’au concile de Trente.
Cette théorie consiste à affirmer que le pain et le vin ne se transforment pas au cours de la Cène. Dans la Cène, le pain et le vin restent substanciellement pain et vin et deviennent substanciellement corps et sang du Christ. La substance du corps et du sang est portée par le pain et le vin exactement comme l’épée est contenue et portée dans son fourreau dira Luther. Christ est présent « in, cum et sub »-dans, avec et sous- les espèces». Il établit un parallèle entre l’union du pain et du Christ comme l’union entre Dieu et les hommes par Jésus-Christ.
« Il n’y a pas d’union plus intime, plus profonde et plus indissociable que celle de l’aliment avec celui qui l’absorbe » De la Cène XV Luther, déjà cité.
Je disais qu’il ne changeait pas la forme, les textes ni le mode de la célébration. Il reste donc malgré tout proche de la théorie catholique et sera d’ailleurs vivement critiqué par les anabaptistes ( B. Hubmaier en particulier) qui lui reprochera de croire qu’il suffit de changer la prédication et de ne pas voir que la vieille église persiste.
Luther s’oppose nettement du catholicisme en ce qui concerne l’aspect sacrificiel : Dans l’Apologie de la Confession d’Augsbourg, il oppose le sacrement, œuvre de Dieu offerte aux hommes , au sacrifice œuvre de l’homme offerte à Dieu. Il admet l’aspect sacrificiel de la Cène comme « eucharistie », c'est-à-dire comme action de grâce de l’homme en réponse au don de Dieu et non comme sacrifice propitiatoire.
II.2 – Zwingli
C’est la thèse « suisse » défendue aussi par Oecolampade à Bâle et adoptée par les Bernois. La présence du Christ n’est plus sur terre depuis l’Ascencion. Sa présence est spirituelle et assurée par le Saint Esprit qui agit dans la foi et rend Christ présent dans l’âme du croyant. Pour Zwingli, la Cène est joyeuse. Le pain et le vin ne sont ni porteurs, ni véhicules de la présence du Christ. Quand Jésus dit « Ceci est mon corps… », il faut comprendre ceci « signifie mon corps ». Il ne faut pas prendre l’expression à la lettre de même qu’il ne le faut pas lorsqu’il affirme : « je suis le bon berger » ou « je suis la porte ». Il s’agit donc de métaphores ou de comparaisons.
Pour Zwingli, il n’y a pas de sacrifice. La Cène est une cérémonie publique pendant laquelle les croyants proclament ce que le Christ est et fait pour eux.
Il se confrontera très violemment avec Luther durant le Débat de Marbourg en 1529, Luther lui reprochant son symbolisme.
II.3 – Calvin
« Dois-je vraiment croire que la Sainte Cène contient le corps et le sang de Notre Seigneur ? Et de quelle façon, puisque Luther et Zwingli ne peuvent nous le dire d’une commune voix ? Substantialiter, essentialiter, realiter, quantative, qualitative, ubiqualiter, carnaliter?...Et qu’allons-nous inventer pour nous perdre davantage ?Christ a dit : « Ceci est mon Corps ». Si toutes ces étranges spécifications étaient nécessaires, Christ les aurait ajoutées."
Paroles de Calvin à la cathédrale de Strasbourg au sujet du très vif débat entre Luther et Zwingli.
Calvin va essayer de concilier ce qui lui paraissait juste chez Luther et chez Zwingli : l’insistance sur la réalité de la présence du Christ pour l’un et l’importance de l’action de l’Esprit pour l’autre.
Pour lui, le pain et le vin restent ce qu’ils sont, ils ne sont ni transformés, changés ni convertis. Le Saint Esprit agit en nous qui crée et anime notre foi. Calvin pense qu’il y a conjonction entre le signe et l’action de l’Esprit. Lorsque nous prenons le pain et le vin, Dieu nous donne intérieurement, par son Esprit ce qui nous est représenté extérieurement par le pain et le vin. Le pain ne devient pas Christ, mais nous le recevons en mangeant le pain.
Calvin, lors des débats de Lausanne en 1586 dit au sujet de l’utilité de la Cène : « En outre, par son caractère concret, tangible et visible, de fait qu’elle est un signe qui tombe sous le sens, la Cène est bien faite pour subvenir à l’ignorance de notre esprit ainsi qu’à la tardivité de notre chair ».
Dieu accomplit « vraiment dedans nous par son Esprit tout ce que les sacrements figurent par dehors », précise le Consensus Tigurinus. La Confession helvétique postérieure précise : « Le ministre nous représente par dehors, et nous fait comme voir à l’œil en ce sacrement ce dequoy le Saint Esprit nous fait jouir invisiblement au-dedans et en l’âme ». De plus Dieu reste libre ; il n’est pas lié au sacrement et peut donner la réalité du Christ en dehors de la Cène.
A l’issue de cette présentation, je ne rentrerai pas plus avant dans le débat théologique, qui n’est pas le sujet ici. Je vous ai présenté les trois grandes thèses du protestantisme historique, et vous avez pu constater que les positions ne sont pas simples.
En tous les cas, si Luther reste très proche de la théorie catholique, nous pouvons constater qu’avec le courant réformé nous nous en éloignons considérablement. Ceci vous explique le refus de l’Eglise catholique d’accorder l’intercommunion aux protestants.
Nous pouvons aussi entrevoir par le biais de l’exemple de la Cène le gouffre qui existe entre catholiques et réformés avec la véritable démythologisation du sacrement eucharistique en particulier par le courant réformé.
Pour ma part, je ne dirai pas désacralisation en ce sens que la Cène dans sa démarche, sa forme et son mode reste un acte qui concerne le divin.
Cela m’amène tout naturellement à ma troisième partie, et aujourd’hui ?
III – Conceptions et pratiques modernes
III.1 – Le pain et le Notre Père
On attribut à Luther ce propos : « Le chrétien doit prier comme le cordonnier faire des chaussures et le tailleur des costumes ; la prière est le métier du chrétien ». Oui, pour nous protestants la prière personnelle est notre première relation à Dieu. Et comme chaque chrétien la prière peut constituer une demande, une intercession, une action de grâce, une méditation de psaumes, une prière communautaire ou privée. La prière que nous a laissée le Christ le « Notre Père » est centrale. Elle constitue avec les psaumes un pivot sur lequel nous pouvons nous appuyer régulièrement.
Singulièrement, c’est une prière de demande. Et comme tous les protestants qui aimons les choses biens tangibles, concrètes, la quatrième demande nous parle, elle est très signifiante :
« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».
De quel pain s’agit-il ?
Pain matériel, le pain qui nourrit le corps, celui dont vous avez parlé toute la journée, ce pain qui n’est sacré que parce qu’il nous donne les forces physiques nécessaires pour vivre et travailler.
Mais aussi pain spirituel, ce pain qui chez les protestant est la Parole, celle que l’on trouve dans les Ecritures. Celui que les cathares nommaient « sobresubstancial » - supersubstanciel , pain mystique qui nourrit la vie spirituelle, qui donne la force de rester fidèle au baptême, de vivre dans la générosité et l’amour.
Ce pain de « ce » jour ; ce n’est pas celui de demain, non, c’est celui dont j’ai besoin ici et maintenant matériel et spirituel.
En pays protestant, il y a unanimité et c’est très clair.
Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Les catholiques ont souvent traduit en français « donne-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour » il y a bien « aujourd’hui », mais « de chaque jour » dépasse l’immédiateté et l’orant ici se tourne vers demain, il y a demande de répétition, or le Christ demande de ne pas se soucier du lendemain. Là encore dès le XVIe siècle, les protestants ont innové, pour s’enraciner au plus près de l’enseignement christique.
III.2 – Des paradoxes en diversité protestante
Oui, je crois que je vais vous étonner car il y a du paradoxe dans l’air.
Depuis les années 70, les courants historiques se sont tout doucement rapprochés les uns des autres malgré des tensions très vives léguées par la fin du XIXe siècle entre orthodoxes, partisans du réveil et libéraux.
Les luthériens ont signé il y a quelques années un accord d’entente avec les catholiques dont ils restent proches globalement dans leur théologie et plus particulièrement celle de la Cène.
Pourtant, en 1973, ils ont aussi signé la Concorde de Leuenberg, un accord d’unification avec les réformés et cette union est déjà réalisé en Alsace-Lorraine. Elle est en cours d’étude et de finalisation pour le reste de la France.
Voilà un premier paradoxe, puisque les réformés modernes sont vraiment très loin de se rapprocher des catholiques malgré une bonne volonté affirmée ; l’intercommunion refusée n’est d’ailleurs qu’un aspect du problème, mais reste central).
Le deuxième paradoxe, ce sont les pratiques très différentes qui peuvent exister d’une église à l’autre.
Par exemple si l’autel est en place au chœur de l’église chez les luthériens, chez les réformés, dans la plupart des églises, il est au milieu du temple, et ne constitue qu’une simple table qui ne sert que lorsqu’une cène est prévue au cours du culte. Les bancs sont tournés vers la chaire. En Ecosse et au Pays-Bas et encore en Suisse, c’est quasiment la règle.
En France, pour ce que j’observe il y aurait une « re-sacralisation » sensible : on commence à retrouver ici et là des tables en bonne place, des ambons sur le côté pour les prédicateurs. Certes la prédication et la Parole restent centrales. Mais il semblerait qu’il y ait une « réapparition de la « sainte table ». Nous ne nous affolons cependant pas, nous sommes encore loin de voir l’autel reprendre sa centralité.
Cependant, en ce qui concerne la Cène, on peut quand même constater que, même si elle reste une cérémonie, je ne dirai pas exceptionnelle, mais qui n’a lieu qu’une fois par mois en moyenne chez les réformés, la Cène dis-je a tendance à retrouver un déroulement plus solennel qu’auparavant, même chez nous réformés. Certains commencent à s’inquiéter par exemple de voir réapparaître les cierges lors des cultes. Mais bon ! Nous ne sommes tout de même pas prêts de revoir les hosties ! Et, bien que les ministres des paroisses soient plus volontiers présents pour les célébrations de la Cène, il n’est pas rare qu’elles soient présidées par des laïcs. Nous sommes bien loin de la solennité et du pouvoir « consécratoire » du prêtre, à lui conféré par l’ordination.
Chez les baptistes, il est courant de communier assis à sa place mais plus fréquemment que chez les réformés. Paradoxe : on reste assis pour manger le pain et boire le vin, mais, contrairement à la tradition réformée, la Cène devient habituelle, comme si elle redevenait centrale. C’est aussi souvent le cas dans les nouvelles communautés, dans les églises évangéliques dans lesquelles l’aspect festif et émotionnel prend parfois le pas jusqu’à la démesure.
Les Adventistes, issus du baptisme, partagent la Cène une fois par trimestre et sous la forme de pain et d’eau ! Ils attachent une grande importance au « sabbat ». Là encore, démythologisation, mais aussi une certaine lecture fondamentaliste de l’Ecriture.
Evidemment, et pour terminer, je dirai qu’à la marge il peut y avoir excès dans un sens ou dans l’autre. La marge, par exemple on la trouve dans le vocabulaire : Cène ou Sainte Cène ; les libéraux dé-sacralisateurs patentés diront Cène et même pourquoi pas avec un petit « c », quand les plus orthodoxes parleront de « Sainte Cène » ; de même ces derniers n’accepteront pas avec plaisir un pasteur sans sa robe.
Plus loin, on peut trouver, mais en France ils sont peu nombreux, des quakers qui n’ont pas de sacrement du tout, ils sont pourtant les héritiers de l’anglicanisme, donc proches du protestantisme traditionnel. Je ne parlerai pas des Mormons, issus du méthodisme dont la Sainte Cène est centrale hebdomadaire et ritualisée à l’extrême. Démythologisation et fondamentalisme, là encore.
Je pourrai parler des heures de cette diversité protestante et des risques mais aussi des richesses qu’elle charrie. Mais je vais arrêter là.

Pour conclure, je dirai que la Réforme a permis de purifier le message évangélique, d’alléger la pratique sacramentelle en lui ôtant son caractère quasi-magique.
Le protestantisme dans sa diversité reste dans l’ensemble fidèle à la Cène telle que je vous l’ai présentée tout au long de mon exposé et qui, je le crois est fidèle à l’esprit voulu pas le Christ.
J’exprime néanmoins le souhait que nous sachions nous démarquer fermement des fondamentalistes, des créationnistes que l’on trouve de plus en plus nombreux en Amérique et en Afrique et qui retournent à des pratiques combattues depuis le XVIe siècle.
Que nous sachions aussi rester attentifs au mouvement évangélique dynamique et prosélyte, qui vient de se séparer de la FPF pour créer le CNEF car il ne se retrouve pas dans la recherche ouverte et sans tabou des milieux réformés, notamment des libéraux.
Je terminerai en bon protestant libéral provocateur.
A la suite d’A. Gounelle, je pose la question de savoir si le sacrement de la Cène, tel que nous le vivons encore dans nos églises reflète bien la réalité d’aujourd’hui.
Faut-il continuer à manger et boire en rond dans un temple pour faire mémoire de Christ, comme nous le faisons depuis deux mille ans? Faut-il accepter un retour à une cérémonie plus ritualisée pour mieux se marier avec les luthériens?
Je ne peux résister à répondre que, pour ma part, je ne le crois pas. Ne faudrait-il pas mieux privatiser sa pratique dans un sens proche de ce que pensait Zwingli et/ou, inversement, sauvegarder l’aspect festif du repas communautaire mais dépouillé des rites d’un autre temps qui n’ont plus grande signification?
Dieu demande-il des rites ou bien, au contraire, ne serait-ce pas l’homme qui ne pourrait se passer d’un certain sacré?
Telle est l’interrogation du protestant que je suis.
Je vous remercie.
G.d’Humières

Quelques points de repères :
Cène/ Sainte Cène : du latin cena-ae - dîner principal qui était pris vers 15 h, mais aussi réunion de convives , « ingens cena cedet » : les convives sont nombreux - Juv 2,120
Concile de Trente 1545-1563, pièce maîtresse de la Contre-Réforme. L’Eglise y révise sa discipline et réaffirme solennellement ses dogmes.
Références DS : Dentzinger-Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum definitionum et declarationum de rebus fidei et morum.
Consubstantiation: le pain et le vin ne se transforme pas lors de la Cène protestante, le Christ est «dans, avec et sous les espèces» (Luther)
Espèces, éléments : pain et vin consacrés ppartagé pendant la Cène
Eucharistie : du grec εύχαρίστία , εύχαρίστιχόν - action de rendre grâce, remerciement, par extension : repas du Seigneur.
Transsubstantiation : transformation de la substance du pain et du vin en Corps et Sang du christ pendant la consécration lors de la messe catholique ou orthodoxe.
Les réformateurs et protestants cités:
Calvin (Jean Cauvin) 1509-1564, Strasbourg, Bâle, Genève, œuvre principale : Institution de la religion chrétienne (1536) affirmation solennelle de la souveraineté de Dieu, seul maître du salut de l’homme. Père du courant réformé.
Hubmaier (Balthasar) 1485-1528, docteur en théologie, anabaptiste, prédicateur à Waldshut, puis Zurich et Nikolsburg en Moravie.
Luther (Martin) 1483-1546 , moine augustin, docteur en théologie- chaire d’Ecriture sainte à l’université de Wittenberg, auteur des 95 thèses (querelle des indulgences), condamné par Rome en 1520. ISon œuvre écrite: commentaires des épîtres, et, entre autres, 3 grands écrits réformateurs: A la noblesse chrétienne de la nation allemande (sur la suprématie de Rome), La Captivité de Babylone ( sur les sacrements), De la Liberté du chrétien (sur l’Eglise), une traduction de la Bible en allemand (1521-1534)
Oecolampade ( Johannes Husschin) 1482-1531, professeur à Bâle, l’un des inspirateurs du courant réformé.
Zwingli (Ulrich ou Huldrych) 1484-1531, curé de Glaris, influencé par Erasme, introduisit la Réforme à Zurich, s’opposa à Luther ( Marbourg -1529)
Bibliographie :
Catéchisme de l’Eglise catholique, Centurion/Cerf/Fleurus/Mame 1998
Encyclopédie du protestantisme Puf 2e édition 2006
Institution de la religion chrétienne – Jean Calvin
Œuvres de Luther T 1 – La Pléïade
Le protestantisme - L. Gagnebin- A. Gounelle La Cause
Penser la foi – A Gounelle Van Dieren éditeur

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