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dimanche 9 août 2015

Le pain de vie - Jean 6, 41-51 - Ma prédication du 9/08/2015 au temple de Narbonne

Eglise protestante unie de Narbonne
Prédication du 9 août 2015 - GH 
 Exode 16, 1-4 et 13-15, Jean 6, 41-51  Le pain de vie.

Chers frères et sœurs,

Lors de la préparation de cette prédication, suivant mon inclination naturelle, j’aurais décortiqué le passage que nous venons d’entendre et essayé d’en comprendre sa théologie à travers la sémantique, la signification des mots dans leur littéralité et finalement rejoindre le grand débat théologique de la matérialité du pain ou de sa spiritualité à travers un texte allégorique. En effet, les premiers pères de l’Eglise, de l’école d’Alexandrie, Origène, Clément d’Alexandrie avaient tranché pour l’allégorie. « Le logos est désigné allégoriquement de bien des manières: nourriture, chair, aliment, pain, sang, lait »,  disait Clément d’Alexandrie dans  Le Pédagogue.  Au XVIe siècle, Luther dira que « ce chapitre (6) ne parle pas des sacrements, mais de manducation spirituelle ». A l’inverse,  l’école d’Antioche, représentée par Cyrille de Jérusalem, Jean Chrysostome et Théodore de Mopsueste soulignaient la portée sacramentelle du texte, notamment des versets 52 à 58 qui seront lus dimanche prochain. L’Eglise catholique de son côté a tendance à privilégier l’interprétation réaliste et sacramentelle et donc s’en tenir à une lecture du texte au premier degré.
Mais, l’actualité qui nous arrive quotidiennement par les médias m’a conduit à renoncer à cette analyse et m’a déterminé à suivre une autre piste qui m’a parue évidente. Dans un premier temps elle m’a permis de réfléchir sur la faim et la soif de l’homme, faim et soif matérielles et aussi spirituelles. Puis je me suis tourné vers la réponse que propose Jésus avec le pain de vie.

***
Partons donc de l’actualité.
Nous entendons les échos d’événements dramatiques ne serait-ce que ces derniers jours. Les guerres menées par AQMI et Daesh, les fanatiques en tous genres, le cortège d’immigrés politiques et économiques qui se démènent pour rejoindre la Grande Bretagne à partir de Calais, la Grèce et ses difficultés, ce petit manouche fauché par une voiture et dont l’auteur de l’accident a pris la fuite, ces quatorze adolescents entassés dans un fourgon qui ont été blessé ou tués à cause de leur imprudence ou de leur insouciance. Je pourrais hélas allonger la liste sans peine encore bien longtemps.
A côté de tous ces malheurs, il  existe aussi des populations favorisées, des gens qui vivent bien, des gens heureux, parfois des  nantis qui profitent insolemment de leur vie au quotidien et dont nous percevons de temps en temps le bien-être et  la santé par médias interposés.
Pourquoi donc rappeler  tout cela alors que nous baignons en permanence dans cette réalité, me demanderez-vous ?
Nous cherchons tous une cohérence dans nos situations personnelles et plusieurs attitudes sont possibles.
Celui qui est né avec une cuillère en argent dans la bouche, qui vit dans une famille aisée et sans problème pourra prétendre n’y être pour rien et jouir à bon droit de son statut de privilégié. Que ce soit pour lui le résultat du hasard ou celui de l’action divine.
Inversement, celui qui est né sous une mauvaise étoile,  est en droit de se plaindre  comme jadis  les juifs de l’Exode qui murmuraient (16.2-3). Il demande à la société un rééquilibrage, il appelle à la justice, il revendique.
Pourtant le riche et le pauvre, le bien portant et le malade, l’homme qui vit dans la paix et le persécuté, tous ont le droit de revendiquer leur situation. L’un l’acceptera avec reconnaissance, l’autre protestera avec véhémence ou agira avec colère.
Mais où est Dieu dans tout cela ? L’un et l’autre peuvent invoquer son nom. L’un pour justifier sa chance, sa richesse, sa santé, l’autre pour se révolter au nom de l’Eternel.
De tout temps Dieu a pu être tenu pour la cause des situations favorables des uns et les institutions ont alors élaboré des théologies de l’espérance promettant dans le ciel une compensation aux malheurs présents des autres, assurant  que le pain leur y serait donné en abondance.
Mais alors, pourquoi le pain de l’espérance est-il pour le ciel ? Pourquoi attendre ? Pourquoi souffrir ? Le pain ne peut-il pas devenir accessible sur cette terre, ici et maintenant ? Peut-on défier Dieu comme ces juifs qui murmuraient dans le désert de Sîn (Exode 16.2)?
***
Ecoutons ce que dit Jésus.  Sa réponse paraît implicite dans le texte. Elle est énoncée plusieurs fois: « C’est moi qui suis le pain de vie (Jean 6.36), pain vivant descendu du ciel » (6.38, 51). Affirmation qui fait murmurer les juifs (6.41) car Jésus est n’est pas un inconnu, il est, disent-ils « le fils de Joseph », celui dont ils connaissent le père et la mère. (6.42)
Dans le texte, en même temps  qu’il décline son identité : « je suis le pain de vie descendu du ciel », Jésus pensait certainement au pain du dernier repas, celui de la de la Cène. Ce pain spirituel, je dis bien spirituel,  que pourront savourer tous ceux qui croient en lui et mettent leur espérance dans la parole de Jésus.
Néanmoins, Jésus ne donne pas qu’une dimension spirituelle à son affirmation. Il donne aussi une valeur matérielle qui sera concrétisée par le dernier repas partagé avec les Douze et dont nous faisons mémoire avec le pain partagé lors de la cène, selon sa volonté et son enseignement.
Le premier dimanche de chaque mois, nous nous rassemblons ici, tous ensembles et nous partageons un tout petit morceau de pain, à part égales.
C’est alors que le pain spirituel  qui nous fait vivre l’éternité de la résurrection de Jésus prend une dimension matérielle que nous sommes invités à partager à travers ce morceau de pain.
Mais Jésus va bien plus loin.
Il nous invite à élargir notre horizon, à donner un sens plus large au partage du pain. Tous ceux qui sont présents dans le cercle que nous formons lors de la Cène sont appelés à comprendre que Jésus étend ce partage aux dimensions de la planète. Nous sommes invités à inclure tous ceux qui ont besoin du partage matériel des richesses. Nous sommes tous appelés à dépasser notre petite communauté liturgique.
Le pain matériel devient alors pain spirituel et prend alors la dimension du droit que l’Eternel nous donne de profiter tous ensemble des biens communs de la communauté humaine.
Quand la nécessité du bien commun confond le pain spirituel et le pain matériel, quand le pain distribué à la Cène, le pain eucharistique*, conquiert les biens de la communauté humaine sous forme de principes et de droits, c’est alors que la présence réelle de Dieu se concrétise et se réalise sur terre.
Le pain prend alors la dimension que Jésus avait l’intention  de lui donner. L’Eternel prolonge ainsi son œuvre de création en rendant les hommes égaux dans une même réalité de partage.
Pour être efficace, le pain venu du ciel doit devenir matériel. Le va-et-vient du pain entre ciel et terre se concrétise dans le va-et-vient entre pain spirituel et pain matériel que nous sommes capables de réaliser.

***

Dès lors, et pour conclure, nous les croyants, disciples de Jésus, nous pouvons l’affirmer, l’Eternel ne cesse d’agir spirituellement sur nous afin que nous nous mettions en marche  pour faire évoluer matériellement le monde là où nous sommes, ici et maintenant.
C’est le sens de l’affirmation de Jésus : « Je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu’un mange ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est mon corps pour la vie du monde ». 6.51
Dans cet esprit, pour la vie du monde, mangeons ce pain de vie, « mâchons le à pleines dents » comme nous mâchons la parole de Jésus en lisant son évangile. Calvin parlait de « manducation sacramentelle  à vie » de la foi**. Alors, « goûtons comme l’Eternel est bon ! » comme le suggère le psalmiste au Ps 34,9.
Laissons-nous enseigner par le pain de vie descendu du ciel et par la parole de l’Eternel comme Jésus le rappelle dans sa démonstration (6.45),  rappelant Esaïe 54.13: « Ils seront tous enseignés de Dieu ».
Donne-nous aujourd’hui, notre pain de ce jour !

Georges d’Humières

*Eucharistie : gr, reconnaissance, gratitude, action de grâce, on pourrait aussi dire bénédiction.

** L’Institution chrétienne, J.Calvin, Tome IV, XVII, 33-35

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