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lundi 4 juillet 2016

Luc 9, 51-62 - Prédication du 26/06/2016




Peu avant le texte que nous venons de lire, Jésus vient d’annoncer sa passion  par deux fois.

C’est dans ce contexte que Jésus, connaissant ou pressentant ce qui va lui arriver, « prend la ferme résolution » de monter à Jérusalem. Mot à mot : «Il endurcit ou affermit sa face » reprenant l’expression  que l’on trouve dans le  Chant du serviteur, Es 50,7: «J’ai rendu mon visage comme du granit ». Cette décision assurément lui pèse. Jésus arrive de Galilée, nous sommes après sa Transfiguration et Pierre vient de le reconnaître comme « Christ de Dieu ». Curieusement, à l’inverse des pèlerins qui venaient de Galilée pour célébrer les fêtes et qui évitaient une région historiquement hostile aux juifs en passant par la rive orientale du Jourdain, Jésus décide de passer par la Samarie pour rejoindre Jérusalem.

Au début de ce voyage qui se finira au chapitre 19, je distingue deux messages de la part de Jésus.
1)       Le premier, en Lc 9,51-56 : devant les difficultés et l’hostilité, l’impatience, la colère, les imprécations ne servent à rien.
2)       Le second message, en Lc 9, 57-62 : pour suivre Jésus, pour être son disciple, il ne faut éviter ni les difficultés, ni le deuil, ni les liens familiaux.
*
Voyons les messages de ces deux petites péricopes.
Tout d’abord l’épisode du village  des Samaritains qui refusent l’accueil. Nous remarquons que Jésus est agacé, tout comme les deux apôtres. Mais ils ne le sont pas pour les mêmes raisons.

La cause de la préoccupation de Jésus est claire : les jours où il allait être « enlevé » arrivaient, on peut comprendre qu’il devait être plus que soucieux.
Au refus des samaritains d’accueillir Jésus, Jacques fils de Zébédée et son frère Jean veulent demander « au feu de descendre du ciel pour les détruire », citant Elie en 2 Rois 1,9-16. Jean est surnommé Boanergès  ce qui signifie « Fils du tonnerre ». Ce surnom peut évoquer l’impatience la colère, l’emportement. En fait, les disciples aux côtés de Jésus, se croient investis d’un pouvoir qui permettrait de « punir » les récalcitrants, les ennemis du moment. Ils ont le zèle et l‘impatience des nouveaux disciples.  

Nous remarquons que Jésus  ne tient pas rigueur aux samaritains de leur refus d’accueil. Non, ce n’est pas après eux qu’il en a, mais après ces deux disciples qui sont à côté de la vraie question. En effet, pour Jésus, la violence ce n’est pas le refus d’accueil des samaritains mais ce sera à la fin du voyage, ce qui doit arriver à Jérusalem.

Jésus les rabroue donc, comme il a rabroué les disciples et Pierre quelques jours plus tôt quand ce dernier le déclare « Christ de Dieu ». Il juge leur attitude comme une posture de rejet, d’exclusion.

De ce premier texte quelle leçon pouvons-nous en tirer ?

Il ne faut pas chercher la violence dans l’agir de l’autre mais voir le nôtre propre.  Ce n’est pas la violence du refus des samaritains qui agace Jésus, c’est la violence de la réponse des deux disciples emportés dans leur fougue, leur zèle et qui, subjugués par le maître, sont aveuglés par leur enthousiasme.
Jésus attend de ses disciples de la douceur, de la patience, de la modération, de la compréhension. Combien de fois pouvons-nous nous retrouver aujourd’hui dans le même emportement que Jacques et Jean ? Nous divisons si facilement le monde entre les bons et les mauvais, entre mauvais et bien-pensants, nous sommes comme les disciples souvent dans le rejet ou l’exclusion de l’autre, exactement l’inverse de ce que Jésus attend de nous !

*

Chemin faisant, Jésus va rencontrer trois hommes, c’est notre second récit.
Au premier qui affirme vouloir le suivre partout, Jésus lui répond que le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête. En ceci, il veut dire que celui qui veut le suivre doit s’attendre sinon à une vie difficile ou de dénuement, en tous les cas une vie simple et sans garantie matérielle.

Au deuxième  homme, Jésus demande de le suivre. Mais celui-ci veut d’abord ensevelir son père dont on ne sait s’il est déjà mort ou si c’est un événement attendu. « Laisse les morts ensevelir les morts », cette parole possède un aspect radical quand on sait la valeur que les juifs attachaient au devoir des enfants concernant l’ensevelissement de leurs parents. « Laisse les morts ensevelir les morts » : Certains théologiens expliquent que ceux qui sont spirituellement morts peuvent se charger d’ensevelir ceux qui sont physiquement morts et que ceux qui sont spirituellement vivants doivent être occupés à la proclamation du royaume de Dieu.  C’est pour moi une théologie bien compliquée. Pour ma part, j’y vois un message plus simple, plus facile à comprendre, je traduirais en disant que, pour suivre Jésus, on ne peut ni tergiverser, ni remettre au lendemain, aucune raison n’est opposable.

Au troisième homme qui veut prendre congé de ceux de sa maison, traduisons : ses proches, Jésus explique qu’il ne faut pas regarder en arrière. Quand on a décidé de servir, de s’engager pour le royaume, il faut y aller, l’heure n’est plus au doute. Dans Philippiens 3, 13-14 , Paul dit: « …une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière et tendant vers ce qui est en avant, je cours vers le but pour obtenir le prix de l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ. »

Là aussi on peut en tirer la leçon suivante : pour suivre le Christ, il n’y a pas de bonnes raisons d’attendre, il n’y a pas  de « d’abord », ni de retour en arrière, mais un « ici et maintenant ».

*

Au total, proclamer la Bonne Nouvelle du royaume requiert tout ce que Jésus vient d’enseigner: la douceur, la patience, la modération, la compréhension, la bienveillance et aussi la disponibilité pour un engagement ici et maintenant.
Aujourd’hui, à l’heure de la consommation incontrôlée, le pour soi, tout de suite,

aujourd’hui, alors que nous constatons la montée de l’individualisme, du chacun pour soi, du chacun chez soi, de l’égoïsme et de la tentation de l’exclusion de celui qui est différent ou étranger,

aujourd’hui où nous voyons monter le populisme, les égoïsmes identitaires,

aujourd’hui, si nous voulons être  disciples de Jésus le Christ, il nous faut accepter de vivre en risque, ne pas avoir peur, écouter, accueillir ceux qui en ont besoin, ceux qui sont différents, ceux qui sont dans la peine,  sans hésitation, sans nous poser de question.

Si donc nous acceptons sans préalable, sans condition, alors, oui, nous serons de vrais disciples de Christ et comme nous le lisons dans les Béatitudes, nous serons porteurs de justice, de compassion et de paix!

Amen !


Georges d’Humières

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